[INTERVIEW] Elom20ce, la primauté de la valeur humaine


Ecrit par : Daniel Agbenonwossi  |   Lu : 131

Africain d’origine togolaise, Elom20ce ou le « Cogneur de l'invisible » est un artiste à la musique et au discours engagé. Militant pour les valeurs génétiques du continent africain, Elom fait découvrir sur ses albums des morceaux aux flow percutants et saccadés suintant de notes jazzy et de rythmiques afro traditionnelles qui mettent en « état de conscience ». Initiateur de la marque de vêtements Asrafobawu, Asrafo Records et le concept Arctivism, Elom20ce nous parle de son dernier projet en date, Amewuga son quatrième album solo sorti le 31 janvier dernier.

 

Après plusieurs projets dont l’album Indigo, un 4e album avec comme titre Amewuga, pourquoi ?

 

D’abord, Amewuga veut dire l’être humain est plus précieux que le bien matériel ou que l’âme pèse plus que le corps. Ce quatrième album d’abord parce que j’avais des choses à dire et ce titre parce que c’est le titre le plus anticapitaliste possible selon moi. Je trouve que de plus en plus, l’argent prend le dessus sur les valeurs humaines et c’est surtout ce qui m’a poussé à écrire ce projet. Pour mieux illustrer ce que je veux passer comme message dans cet album, j’ai aussi écrit et réalisé un court métrage d’actualité et pourtant écrit avant la crise sanitaire du Coronavirus qui raconte les effets dévastateurs de l’homme sur son écologie. Bien sûr la vidéo se trouve sur ma page YouTube ( https://youtu.be/9sixb5vh-4Y )

 

Elom20ce, comment expliquez-vous le fait que votre musique qui parle aux africains soit le plus consommé en Europe ? 

 

Pour commencer je tiens à rappeler que je ne fais pas de la musique que pour les Togolais ou que pour les Africains. Ma musique s’adresse à tout le monde. Maintenant si je suis rare sur les scènes togolaises, c’est parce que les conditions de promotion et de diffusion qui ne me le permettent pas, surtout que les propos que je tiens ne sont pas ceux que les promoteurs culturels veulent mettre en avant. Du coup à part mes propres concerts et quelques rares apparitions, je ne suis pas invité sur des scènes. Mais à part cela, je fais des tournées en Afrique et lorsque je vais en Europe, c’est aussi pour aller parler à tous ces africains qui sont là-bas et qui ont besoin de m’entendre.  

 

Alors pourquoi la plupart des Africains habitué au rap Ego-trip, l’Afro-trap et à la musique commerciale devraient écouter Amewuga, une musique engagée ?

 

Je pense que c’est au public de se poser cette question parce que, aujourd’hui, nous Africains sommes très influencés par ce qu’on nous impose à consommer. La preuve, c’est que les gens consomment le plus les musiques mises en avant par les grands groupes de médias. Mais, je suis de ceux qui pensent qu’un artiste crée une œuvre parce qu’il a quelque chose à dire et que ceux à qui cette œuvre est destiné, viendrons naturellement vers cette dernière. Donc par ricochet, les gens écouteront Amewuga s’ils veulent s’émanciper de la masse à laquelle on impose une musique. 

 

Dès le premier titre Egungun de votre album, vous disiez que vous ne rapez plus mais que vous faites de la géomancie dans l’espace, que signifie cela ?

 

Quand je dis que je fais de la géomancie dans l’espace c’est pour dire que en tant qu’artiste nous vivons dans nos mondes, étrangers aux autres. Du coup si j’arrive à créer une œuvre chargée de mes émotions, mes ressenties et que cela impacte quelqu’un à qui mon monde est totalement étrange, cela voudrait dire qu’il ne s’agit plus d’une simple musique mais d’un pouvoir et il faut en être conscient en tant qu’artiste. 

 

De quoi il est question dans le titre asile ?

 

Dans la chanson, je raconte une histoire où j’ai mis en scène plusieurs personnages pour dire que tout le bien être que nous voulons pour le Togo, l’Afrique et le monde entier ne sera possible que si nous croyons en notre capacité de réflexion et de résistance. 

 

Pourquoi avoir choisi le backmasking (chanter ou raper à l’envers) pour faire le morceau 1973 ?

 

J’ai d’abord rapé le texte de cette chanson à l’envers pour attirer l’attention des gens sur la chanson. Ensuite, le titre fait référence à une résolution des nations unies prises au cours de cette année qui à servit plus tard à tuer un chef d’état africain (Kadhafi) dans de sombres circonstances. Enfin, c’est pour exprimer le fait que les choses soient complètement à l’envers de nos jours. Pour la petite histoire, je n’avais pas prévu raper ce texte de cette manière mais une fois rentré en cabine, j’ai dit que c’était la meilleure façon de faire parler ce texte. Maintenant, pour ceux qui veulent lire et comprendre le texte, ce dernier est disponible sur Genius, iTunes…

 

Est-ce qu’on pourrait voir elom20ce dans d’autres styles de musique plus populaire ou conventionnel que la musique engagée ?

 

C’est vrai que j’ai déjà écrit des textes comme ça mais, je me suis dit que je n’ai pas envie de faire comme les autres parce qu’un artiste se démarque en étant lui, en étant diffèrent. Même si je devrais chanter sur un projet un jour, ce sera diffèrent parce dehors aujourd’hui tout se ressemble et ça ce n’est pas bien. 

 

Contrairement à indigo votre album précédent avec des sonorités rap beaucoup plus old school, Amewuga est fait de sonorités beaucoup plus afro… est-ce une maturité musicale ou un retour vers les racines ?

 

Un peu des deux. A force de faire la même chose chaque jour, on finit par maitriser et par grandir dans ce qu’on fait donc oui j’ai muri musicalement parlant. De l’autre côté aussi oui il s’agit bien d’un retour vers les racines. D’une part lorsque par exemple depuis le primaire jusqu’à l’université on t’interdit de parler ta langue maternelle et qu’au finale tu rends compte une fois à l’étranger que tu ne sais pas grand-chose de ta culture, logiquement tu retournes vers tes racines. Et ça c'est mon histoire comme celle de beaucoup d’autres Africains. D’autre part, parce que je me suis rendu compte aussi que ma langue est plus parlante et riche même si les autres langues le sont aussi.